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Qu’est-ce qui nous fait courir ?

Qu’est ce qui nous fait courir, vivre, bouger, aller à la rencontre de l’autre ?

mercredi 11 février 2009

Qu’est ce qui nous fait courir, vivre, bouger, aller à la rencontre de l’autre ? Rien d’autre que cette nouvelle d’une bonté radicale que nous portons au cœur, entendue de l’homme de Nazareth. Et cette conviction forte que l’évangile est une bonne nouvelle pour tous. C’est ce que les équipes de la Fraternité diocésaine des Parvis, rassemblées à la Maison diocésaine d’accueil de Merville ont entendu le week-end dernier, de la bouche de Christoph Theobald, théologien qui travaille depuis longtemps sur la rencontre des cultures et sur l’expérience chrétienne comme « style de vie ». A sa manière, il redisait ce qu’écrivait Madeleine Delbrêl « Nous n’avons pas le droit de choisir entre partir ou rester. Nous sommes insérés dans la perpétuelle mission de l’Eglise ». Chaque être humain est appelé à entendre le « heureux es-tu » de l’évangile. La foi que nous proposons, ce n’est rien d’autre que cette capacité d’entendre au cœur du cœur ce mot qui a désormais un visage, celui du Christ.

Il s’agit bien de partir, de se mettre en route. « Et l’Eglise, en marche depuis deux mille ans, à travers le monde et à travers les mondes, s’étonne de sentir sa marche si pesante, du poids des chrétiens qui ne partent pas. » Jésus se mit en route, lit-on dans l’évangile, pour s’en aller en Galilée, le carrefour des nations, pour y entendre de la part des hommes et des femmes qu’il rencontrerait là bas cette foi élémentaire en la vie, et y révéler la présence d’un Dieu Père : « le Royaume de Dieu est tout proche de vous ».

On ne peut pas faire Eglise sans prendre la route de l’homme. On ne peut pas dire l’évangile en le rêvant. L’évangile n’est jamais indépendant d’un lieu ou d’un temps. Le monde d’aujourd’hui – dans son tragique même - est le lieu favorable de la révélation. Pas de culture, pas de monde, pas de vie qui ne soient déjà rejoints par l’Esprit du Seigneur. Notre travail d’Eglise – et notre joie - c’est de le révéler. Jamais de l’apporter. Le monde est habité. Déjà.

Faire Eglise, c’est donc se mettre en route, partir à la rencontre des autres cultures et « franchir la frontière chrétienne où nous sommes ». C’est choisir d’arpenter joyeusement et sans « stress d’être soi » les parvis de l’humanité. C’est un défi – ou un pari - d’accueillir la vie qui quelquefois se présente à nous sous une forme étrangère. Les chemins de Galilée prennent pour les uns et les autres des formes bien différentes : Galilée du travail, de la famille ou du quartier. « Il y aura pour nous des routes de toutes les longueurs et de tous les genres ». Habiter résolument le monde, en « coude à coude » ; non pas pour rendre les gens « acteurs » d’un scénario que nous aurions écrit pour eux, mais pour devenir avec eux auteurs de notre histoire et du devenir de la famille humaine. C’est toute la nouveauté du Christ. Les scribes et les pharisiens rendent les gens acteurs : ils leur disent ce qu’ils doivent vivre. Leurs paroles, leurs rendez-vous – même sous des allures bien conviviales – demeurent une stratégie. Le Christ, lui, « autorise » : il rend auteur. Il met en vie. Plus soucieux des semailles que des récoltes. Et la fidélité à sa Parole engage notre Eglise dans cette trace là. Cette santé là est contagieuse. Cette sainteté là donne du goût à l’existence.

A l’Eglise des coups médiatiques, nous préférons celle du compagnonnage discret. L’attention – à la suite de Jésus - à l’élémentaire de l’existence, à l’ordinaire de la vie, et la révélation d’une profondeur qu’on ne pouvait même pas soupçonner. Faire se rencontrer l’intensité du temps présent et la Parole de Dieu. Et c’est alors « un choc de sens », comme le disait souvent frère Roger de Taizé. Une bonne nouvelle pour l’homme d’aujourd’hui. Un vrai cadeau. Une juste présence.

Raphaël BUYSE


 

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